Côte d’Ivoire / Pêche : Les armateurs menacent de quitter le port autonome d’Abidjan

Photo de famille à l’issue des assises de la vie chère le mercredi 29 mars 2022 à Abidjan


« Les armateurs nous ont transmis un courrier dans lequel il est clairement indiqué que si une solution concertée et inclusive n’est pas trouvée au récent plafonnement de prix du faux thon, ils ne reviendront plus en Côte d’Ivoire ». C’est l’information livrée par Traoré Youssouf, secrétaire national de la FENACCI chargé du Port et de l’Aéroport, au cours des « assises de la vie chère » le mercredi 30 mars 2022 à Abidjan. Une rencontre organisée par la Fédération Nationale des Acteurs de Commerce de Côte d’Ivoire, FENACCI, et les Acteurs de la Société Civile.

Pour la petite histoire, le chef de l’Etat, le président Alassane Ouattara, a pris, en décembre 2021, un décret visant à plafonner le prix « faux thon », de 580 à 400franc CFA le kilogramme. Un décret qui, selon les principaux acteurs, « n’a pas été bien étudié ». Non sans décrier cette décision prise de façon unilatérale sans consultations de tous les maillons de la chaine des valeurs.

Dans les faits, ce décret créerait plus de difficultés qu’il n’en résolve. Désormais les armateurs sont tenus de livrer aux mareyeurs le kilogramme de faux thon au prix plafonné de 400 franc CFA, qui à leur tour doivent le revendre aux demi grossistes à 600 franc CFA et eux aux détaillants à 650f et ce dernier doit le fournir à la population à 850f sur un périmètre de 300 km et au-delà à 900f.

Premier port thonier de l’Afrique de l’ouest, le Port autonome d’Abidjan pourrait se voir ravir cette place par les concurrents dans la sous-région. Ce prix plafonné entache l’attractivité du principal port ivoirien au profit des ports ghanéen et sénégalais où respectivement, l’armateur est autorisé à vendre le kilogramme de faux thon à 740 et 600 franc CFA au mareyeur. Et la réponse ne sait pas attendre.

« Le premier navire rentré de pêche, après leur départ lundi 28 mars 2022, avec 400 tonnes de poissons a réembarqué sa cargaison, le lendemain soir, sur un bateau à destination de l’Espagne. Un second navire vient d’arriver le mercredi 29 mars et est déjà en partance pour le Ghana voisin. Si ce prochain navire bouge, c’est fini. Pour éviter la pénurie, les mareyeurs sont obligés de négocier avec les armateurs pour fournir du poisson à la population », explique-t-il.

A l’analyse, un petit calcul mathématique permet de comprendre le défi rencontré par les principaux acteurs notamment les mareyeurs pour la plupart des opérateurs économiques locaux exerçant dans la légalité. Considérant l’hypothèse selon laquelle, l’armateur accepte de lui livrer le poisson à 400 franc le kg, ce dernier ferait quand même une opération à perte, s’il revendait à 600 franc au demi grossiste, tel que recommandé. Avec ses charges, estimées à 258 f sur le kg, ajoutées au prix d’achat à 400 franc, il se retrouve avec un prix de reviens à 658 franc. Une affaire qui ne saurait l’arranger, à moins d’être un philanthrope.

Le décret du chef de l’Etat est intervenu au cours de la période de fermeture de la mer pour la reproduction des poissons, fixée du 1er janvier à la fin du mois de mars de chaque année par l’Union Européenne. Pour les acteurs de la chaine de valeur de la pêche en Côte d’Ivoire, cette heureuse coïncidence était une opportunité pour trouver une solution concertée. Mais rien n’y fit. A quelques heures de la fin de cette échéance les premières conséquences sur l’économie nationale se présentent déjà et la pénurie du poisson n’est pas à exclure.

« Pour les 400 tonnes de poissons congelés importés ramenées de la Côte d’Ivoire en Espagne, l’Etat ivoirien a perdu 42 millions de droits de douanes. Le port autonome d’Abidjan est, quant à lui privé d’une recette de 18 millions franc CFA. Sans compter les impacts sur l’activité des ravitailleurs maritimes, les dockers, les vendeurs de sel… » fait savoir Traoré Youssouf, secrétaire national de la FENACCI chargé du Port et de l’Aéroport.

Et de conclure que « dans nos écoles, nos enfants se nourrissent de garba, la semoule de manioc au poisson thon (thon), de même que les ouvriers sur nos chantiers et les sans-emplois. Ce plat, un des préférés des ivoiriens, est aujourd’hui devenu un produit qui vend l’image de la Côte d’Ivoire à l’extérieur. Il faut donc permettre aux armateurs, dont 45 gros installés sur le port du Ghana et aucun en Côte d’Ivoire, de continuer à fréquenter le port d’Abidjan parce qu’un navire de 700 tonnes laisse en moyenne 200 millions de franc CFA en terme de droit d’escale, droit de douane et d’autres frais ».

LAWANI Babatundé


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