Côte d'Ivoire / Environnement : L'aéroport, le port d'Abidjan, la SIR... menacés de disparition

Des clichés comme celui-ci sont de plus en plus nombreux sur les côtes ivoiriennes / Crédit photo: Jeune Afrique

Une image vaut mille mots.
Long de 566 kilomètres, le littoral ivoirien qui s'étend du quartier Assinie France à l'est de la Côte d'Ivoire, à la ville de Tabou à l'ouest, est sous la menace de l'érosion côtière avec un impact sur les populations et l’économie. Un phénomène naturel certes, mais accentué ces dernières années par le réchauffement climatique et l'activité humaine, notamment le dragage de sable.
Dans sa course vers la terre ferme, la mer lorgne désormais une kyrielle de mamelles de l'économie nationale. La Société Ivoirienne de Raffinage, l'Aéroport Félix Houphouët-Boigny et les Ports d'Abidjan et de San-Pedro sont, presque, nez à nez avec cette vaste étendue d'eau déchaînée. La distance qui les sépare du rivage est seulement de 80 mètres, voire un peu moins.
La menace d'englousstissement est réelle. L'urgence est donc  signalée. Le Port autonome d'Abidjan est, à lui seul, le poumon de l'économie ivoirienne, avec 26 millions de tonnes  de marchandises enregistrées par an. La zone côtière représente 90% des recettes douanières de la Côte d'Ivoire. Sans faux fuyant, l'érosion côtière se présente comme un danger pour l'économie ivoirienne.
La mer ne cesse de progresser, entre un et deux mètres par an, en moyenne. Du 25 au 26 Août 2011, elle a avancé de 10 mètres, dévorant, en une nuit, tout sur son chemin dans la commune de Port-Bouet à Abidjan. Sur le même site, sinistré il y'a environ 10 ans, est prévu la construction du plus grand parc d'attraction d'Afrique de l'ouest.
Ce plus grand parc d'attraction de l'Afrique de l'ouest est, sans doute, pour ces promoteurs un aménagement urbain destiné à embellir la ville d'Abidjan, à l'image de la baie de Cocody, encore en plein travaux. Mais à quoi bon de réaliser un tel ouvrage, à plusieurs dizaines de milliards FCFA, s'il est constamment menacé d'être englouti, avant même de sortir de terre? Et si cet important montant, appelé tôt ou tard à devenir un investissement perdu, était utilisé pour freiner l'avancée des eaux ?
En attendant de trouver des solutions efficaces, l'érosion côtière continue de causer de nombreux dégâts. Et non des moindres. Le phare qui indique l'entrée du port aux bateaux, n'est plus hors de danger. Ces jours sont même comptés. Celui de Grand-Lahou a été déplacé à deux reprises, avant de chuter de tout son long dans l'eau. Le port de San-Pedro a plusieurs fois vu ses installations détruites, avant d'être reconstruites. Mais jusqu'à quand ? La prison civile de Grand-Lahou, un des héritages de la colonisation, ne va plus jamais recevoir de pensionnaires. Elle, aussi, a terminé son histoire sous les eaux.
Depuis de longues années, la Côte d'Ivoire subit le "courroux" de "dame nature". En 1973, suite à l'érosion côtière, la ville de Grand-Lahou a été déplacée à près de 20 kilomètres pour s'établir sur N'zida, son site actuel. Lahou-Kpanda a, lui également, été repoussé d'un kilomètre et demi, à ce jour. Ce village de pêcheur risque même d'être rayé de la carte, si rien est fait. En 1966, la ville de Fresco a été déplacée sur des kilomètres. Pire, alors colonie française, la Côte d'Ivoire a, en 1942, connu un Tsunami qui a ravagé la ville historique d'Assinie.
Les populations riveraines font face à la destruction de leurs habitations et au bouleversement de leurs moyens de subsistance (ressources océaniques et en eau douce). Des populations obligées de se résoudre à la migration, avec son lot de désolations et de conflits divers qu'elle peut occasionner.
Si l'érosion côtière, phénomène naturel, ne peut être empêchée, elle peut cependant être freinée. A ce titre, le gouvernement ivoirien bénéficie du soutien de la Banque mondiale pour la mise en œuvre d’un projet d’Investissement Régional de Résilience des Zones Côtières en Afrique de l’Ouest (WACA).
Dans le cadre de ce projet, une action concertée entre toutes les parties prenantes, populations, élus locaux, le gouvernement, le secteur privé, la société civile, les partenaires au développement et les bailleurs de fonds, a été recommandée pour arriver à construire avec la nature, au risque d'être vaincus par celle-ci.

LAWANI Babatundé


Commentaires

  1. J'ai lu entièrement ce texte interpellant chacun de nous au second degrés et nos autorités au 1er rang. Ce sont des analyses pertinentes qui font peur si rien n'est fait urgemment. En tout cas vous les journalistes ,accentuez vos investigations afin de produire des analyses pointues sans nul doute indispensables aux prises de décisions. Jc ASSALE.

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